Demain, je pars pour Lamalou.

L'effervescence liée à ce départ est à son comble parmi les adultes.

Ils, ou plutôt elles, vérifient, revérifient qu’il ne manque pas une chaussette dans ma valise.

Pour nous, les enfants, c'est l'inverse, nous sommes blottis, tous les trois : mon frère, ma soeur et moi. Nous recherchons les endroits calmes, loin du bruit et du remue-ménage.

G. me tient dans ses bras, nous sommes dans la resserre aux confitures, un endroit génial, sauf pour les toiles d'araignées, mais à coeur vaillant ! ...

Tous les deux me chuchotent à l'oreille, comment ils vont venir m'enlever, comment je vais vite revenir...

Au moment de partir, nous, nous ne savons pas, combien de temps je resterai absente.

Nous ne savons pas les changements irrémédiables qui auront lieu avant mon retour.

Le ravitaillement régulier en pots de confiture se fait tout naturellement. De celles qu'on aime le plus : groseille un peu acidulée qui vous fait frissonner, figues du bon gros figuier qui nous salue par la fenêtre de notre chambre, pêches de vigne, une douceur si tendre...

On se regarde en léchant nos doigts-cuillères.

Un moment suspendu de bonheur triste, si fort, si fort...

Je suis bien entre mes deux "grands" qui, pour une fois, ont décidé la trêve dans leur guerre fratricide.

Trois oisillons, dont un va tomber du nid...
Par Babeth - Publié dans : Lamalou - Ecrire un commentaire
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C'est la seule fois que ma mère m'emmènera dans un lieu de soins.

Je dois dire à sa décharge, qu'elle n'avait pas de permis de conduire.

 Nous partîmes en car pour rejoindre Versailles, puis le train pour Paris et encore le train pour Béziers.

Voyage interminable, train à vapeur. Mon premier grand voyage.

Je ne m'ennuyai pas un seul instant, tout était nouveau et j'écarquillai les yeux pour ne pas en perdre une miette.

À l'heure du dîner, chacun, dans notre compartiment, déplia sa serviette : à carreaux, à rayures, blanches, il y en avait pour tous les goûts.

Je fus un peu vexée que ma mère me noua la serviette autour du coup, mais ça passa vite !

Le repas était merveilleux, préparé par Mémé, il y avait de petits casse-croûtes, juste à la taille de mes mains et de ma bouche. Pas de boisson le soir pour moi.

Du raisin du jardin, des figues. Les autres voyageurs m'offrirent de leur dessert, c'était bien.

Quand tout fut rangé, un monsieur, en face de moi se mit à fabriquer des animaux avec sa serviette.

J'étais émerveillée de voir apparaître Monsieur Jeannot Lapin, le castor avec ses grandes dents, un papillon, un crocodile et encore toute une ménagerie.

Vint le moment de dormir.

Avant de partir, j'avais supplié ma mère qu'au moment de mettre la "bambinette" (ancêtre des couches), elle m'emmènerait dans les cabinets pour le faire.

Je faisais régulièrement pipi au lit, mes abdominaux et autres muscles du bassin étant en partie paralysés.

Elle respecta ma demande.

Pour gagner de la place pour tous, on me mit dans le filet à bagages ! C'était une bonne idée, j'étais allongée plutôt confortablement.

Les lumières s'éteignirent, à part quelques ronflements et le "tchou cou tchouk, tchou cou tchouk" du train, il n'y eut plus de bruit.

Je m'endormis, rêvant d'animaux en tissus...
Par Babeth - Publié dans : Lamalou - Ecrire un commentaire
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