Papa a un ami éleveur de chiens. De gros chiens. De très gros chiens...

Un soir, revenant du travail après un détour chez son copain, il revint avec un cadeau de celui-ci.

Une petite bouboule à poil ras, noir et blanc, une oreille pointue penchée sur l'oeil droit.

C'est justement cette oreille qui fait de lui un invendable. A cette époque, proche de la barbarie nazi, la barbarie à la petite semaine continue. On taile en pointe les oreilles de certains chiens. Pourquoi ? Je ne le sais pas.

Lui, est donc un ratage. Alors que l' air coquin que lui donne cette oreille, puisque le mal est fait, le rend encore plus craquant.

C'est l' année des A, pour les chiens de Grande Classe. Je dis ça car je ne sais pas à quoi ça corresspond ces bizarreries créées par l'homme pour dire que votre ami de toujours est de valeur ou pas .

Quelle bêtise ! On ne sait vraiment pas quoi inventer.

Donc A... Nous, les mioches voulons l'appeler Zorro, nous n'en démordrons pas, car si mon père n'était pas passé ce soir là... Le toutou serait mort, tué pour maladresse de son éleveur. Un comble.

Pourquoi ne pas tuer l'éleveur ? C'est lui qui a fait une bêtise.

Sur son livret mes parents marqueront : Azorro... De toute façon il ne peut être homologué, alors...

C'est à ce moment que je demanderais si moi je suis homologuée, puisque j'ai une patte folle... J'ai trois ans, je veux savoir, comprendre comment fonctionne ce système.

Pas vraiment de réponse claire. Oui, c'est pas pareil, je ne suis pas un chien... Et alors ? Nous sommes vivants tous les deux.

Bon, j'en déduirai que je ne suis pas de grande classe.

Dans les trains c'est pareil : troisième classe, seconde classe, première classe... Pour accéder à celle-là, que faut-il faire ?

Bon, Zorro prospère bien, trop bien même... C'est un Danois !

De bouboule il arrive à quatre vingt kilos et un mètre quatre vingt debout sur ses pattes arrières.

Il mange énormément et papa passera régulièrement à l'abattoir pour lui ramener son casse-croûte quotidien.

Il faut ranger toutes les denrées alimentaires hors de sa portée. D'un coup de langue il avale une motte de beurre... Gloups ! Partie !

Papa fait construire à l'usine où il travaille,  une carriole que l'on peut atteler à Zorro. On m'installe dedans pour de longues balades en forêt.

Un jour, coup de sonnettes : la S.P.A. Sur dénonciation anonyme ( toujours courageux les dénonciateurs... ) elle a été prévenue que mes parents malmenaient leur chien.

Ma mère appelle Zorro, pour montrer l'objet du délit. Il arrive, tirant dans sa gueule ma carriole, pensant qu'on part pour se promener...

Les deux inspecteurs restent comme deux ronds de flanc, ( pourquoi des ronds de flanc, encore une énigme ), ils assistent à l'harnachement du chien, moi installée, ma mère ouvre la porte et Zorro part, tranquillement, la queue en trompette, me promener vers le bois tout proche...

Sans commentaires, si, un : malgré la lâcheté peu lointaine de ces ignobles dénonciations pendant la guerre, l'habitude n'est pas perdue. Je leur couperais les oreilles en pointes à tous ces corbeaux...

Quand ma mère et les enfants étions seuls à la maison, Zorro arrivait à tous les coups de sonnette et se dressait, les pattes avant appuyées sur le chambranle de la porte.

Impressionnant, bien sur.

Le bougnat en fit les frais alors qu'il livrait du charbon, ma mère le fit entrer, il déchargea son premier sac de charbon dans la cave, ma mère repartit à ses occupations du moment.

Lorsqu'il fallut rentrer le deuxième sac... Zorro, dans sa position favorite de Maiîre des lieux, empêchait le monsieur de rentrer à nouveau !

Il appela et dit, en voyant ma mère arriver : " il a de sacrées gousses d'ail vot' chien... ".

Ma mère partit à la poste téléphoner à mon père, inquiète de savoir que Zorro avait des " gousses d'ail " !

Eclat de rire au bout du fil... Zorro avait de grosses dents !

On le savait bien, nous.

Il n'avait pas que ça de gros... Un jour, intriguée sans doute par les grosses boules qui lui pendaient entre les pattes, j'y ai mis la main... Sans doute avais-je serré un peu fort, il se retourna et me gnaqua du bout des dents, par surprise et douleur car jamais il n'aurait fait de mal à qui que ce soit. Saut ordre de mon père.

Je garde une petite cicatrice du pincement de mon gros toutou.

On en apprend, des fois, sur le vif...

Cette phrase va plaire à un copain branché vocabulaire... Coquin de préférence.
Par Babeth - Publié dans : Pontchartrain - Ecrire un commentaire
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À Ponchartrain nous avions un jardin.

Magnifique; Papa y passait ses jours de congé.

Les fleurs et légumes y poussaient, mélangés d'heureuse façon, faisant presqu'en toutes saisons des tableaux vivants ; au gré du vent les tiges oscillaient.

J'adorais regarder ce ballet, me balançant en rythme et me fâchant lorsque je trouvais que le vent faisait du mal aux plantes !

Ma notion du bien et du mal n'était pas très au point...

Un soir de printemps, au moment de passer à table, j'apportai à mon père, tenant très fort, en tirant la langue, une corbeille en osier (petite, heureusement !) remplie des toutes premières têtes de tulipes, jonquilles, perce-neige...

J'avais soigneusement coupé et arrangé mon trésor, très fière du " cadeau " que j'allais offrir.

Il me remercia chaleureusement et déposa la corbeille au centre de la table.

Il y eut un moment de silence, un échange de regards entre mes parents et des mots en allemand.

Lorsqu'ils ne voulaient pas qu'on comprenne, ils parlaient cette langue. Ils ne savaient pas que mon frère comprenait lui et que systématiquement il nous traduisait plus tard, à notre demande, ce qu'ils avaient dit.

G. donc, me traduit  :
Papa : "Tu l'as vue faire ?"
Ma mère : "Oui, et alors?..."

Je ne compris pas, mon frère me dit que ce n'était pas important et que j'avais rudement bien fait de faire un si beau panier de fleurs, puis il m'expliqua qu'on pouvait aussi les laisser pousser un peu plus longtemps, que Papa les aimait aussi dans le jardin.

J'ai un jardin, petit, avec quelques fleurs, il faut vraiment qu'elles soient archi-fanées pour que je les enlève.

Les couper ? Ça, jamais !
 

Devant l'objet du délit...
Par Babeth - Publié dans : Pontchartrain - Ecrire un commentaire
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